Mademoiselle George

Marguerite-Joséphine Weimer dite Mademoiselle George

est une actrice française née à Bayeux le 24 février 1787

et morte à Passy le 12 janvier 1867.

Si l’on en croit Victor Hugo, Théophile Gautier, Alexandre Dumas père,

Eugène de Mirecourt, etc. elle aura été la tragédienne qui a jeté

le plus vif éclat sur la scène française.

Mademoiselle George arrive déjà à percevoir le silence.

Cette fois les applaudissements ne la ressusciteront pas.

Elle va enfin se rendre compte.

Elle a froid, alors elle se réinvente l’Egypte, la Grèce.

Elle s’imagine la chaleur qu’elle s’était représentée sur

scène. Le souvenir de l’amour la réchauffe. Agamemnon,

monsieur Ouvrad, Cinna, Alexandre, Pyrrhus, Napoléon,

lequel d’entre eux a-t-elle réellement aimé? Tant d’amants

et aucun enfant. Si bonne mère sur la scène et si fillette

en coulisse. Elle était douée pour mettre en haute estime

le sentiment familial, en revanche son sens de l’amour

passionnel était moindre.

Mademoiselle George, Clytemnestre, Emilie, Hermione,

Cléopâtre, Marie Tudor, autant de vies en si peu d’années.

Elle ne sait plus qui elle est, elle rêve. Un personnage

incarnant un autre personnage et ainsi de suite.

Qui était-elle au début, une fleur, un bourgeon? Son

père a planté une graine chez sa mère, il en est sorti

une Marguerite, Marguerite-Joséphine Weimer, dite

« Mademoiselle George », sinon « Georgina » dans les draps

d’une chambre du palais des Tuileries.

De personnage en personnage il ne demeure presque plus

rien de sa personne. Elle se sent retranchée au fond d’elle même

quasiment évanouie, usée et abandonnée.

De la Marguerite, il ne reste plus qu’une fleur fanée

incapable de saisir un verre d’eau.

Un peu, passionnément, à la folie, pas du tout. Elle a

tellement maitrisé et dépensé les émotions pour le jeu,

qu’elle ne sait plus comment les ressentir pour elle-même.

Comment distinguer le vrai du faux? Tout se mélange.

Mademoiselle Mars n’est plus là pour lui remettre les

pieds sur terre. Elle se souvient de son amie, toutes deux

s’étaient engagées dans le parti des Bonapartistes, des

fleurs violettes accrochées à leurs corsages, manifestant

contre la fleur de Lys. Elles se prenaient pour des

Mariannes, le drapeau tricolore à bout de bras.

Par la beauté elles avaient le pouvoir. Un monde de

demoiselles qui jouent aux grandes dames. Pas besoin de

s’appeler Madame pour connaitre les bonnes manières et

user de ses charmes.

— Il parait qu’elle était comédienne.

— Vous en savez des choses, s’étonne Madame Maillet.

— Oui, enfin, il suffit d’être un peu à l’écoute de ce qui se raconte.

C’était une tragédienne de la grande Comédie Française.

— Pour une tragédienne elle a fait fort, seule et pauvre, moche et

vieille, la demoiselle aura fini par la vivre sa tragédie, s’exclame

Madame Boidard

— Elle a dû avoir son heure de gloire, pour que le Napoléon

veuille d’elle.

— Qui sait ce qu’elle sût chuchoter à l’oreille de Napoléon

Bonaparte.

— Ce qui est sûr c’est qu’elle sera vite oubliée. Être femme et

artiste, tout de même, elle devait s’en douter que ça finirait mal.

— Je ne vous le fais pas dire, une tragédienne qui meurt

tragiquement, rien de plus banal.

 

Laura Muller

série : OUBLIÉES