Mata Hari

Mata Hari, de son vrai nom Margaretha Geertruida « Grietje » Zelle, née le 7 août 1876 à Leeuwarden est une danseuse exotique, égérie de la belle époque, morte le 15 octobre 1917 à Vincennes, fusillée pour espionnage pendant la Première Guerre mondiale.

Ernest fut très admiratif de Margaretha, mais il sentit vite

qu’elle ne voulait pas rester une simple écuyère.

— Doucement avec ce cheval ! Tu vas finir par le rendre nerveux !

L’étalon claquait frénétiquement ses crins sur ses jambes

et dodelinait de la tête en ronflant furieusement.

— Il est agaçant !

— Tu n’aimes plus les chevaux ? Demanda-t-il.

— Si bien sûr ! Mais… J’aimerais qu’on me voie beaucoup plus, j’ai

l’impression que les gens ne regardent que lui !

Ernest éclata de rire.

— Sacré Margie !

— Ne m’appelle pas comme ça ! Ronchonna-t-elle.

La foule se mit à applaudir, il était temps.

— Sois éblouissante !

— Comme d’habitude, fit-elle en guidant le cheval sur la

piste. Ernest la rejoignit plus tard dans les loges, où elle se

repeignait. Finalement Darshan était resté docile ce soir, le

public avait rappelé deux fois.

— Margie, j’ai bien réfléchi à ce que tu m’as dit tout à l’heure. Je

vais te laisser un numéro à toi, toute seule ! Tu pourras faire ce

que tu veux : la mise en scène, les décors, si tu veux danser, être

avec les animaux ou non, c’est toi qui choisiras.

Elle posa sa brosse et fit volte face.

— Vraiment Ernest ?! Tu es sûr ?

Ernest sourit, sa grosse moustache cachant sa lèvre

inférieure.

— Nous en reparlerons plus tard, il faut absolument que je trouve

ce foutu groom… ! Et il partit sur le champ.

Elle n’en revenait pas. Son numéro à elle ! Elle en rêvait

depuis si longtemps !

Restait à trouver quel genre de numéro une néerlandaise

au physique d’eurasienne allait pouvoir montrer…

— QUOI ? Tu n’es pas sérieuse ? Danser nue ? S’était-il écrié.

— Quasiment nue, oui cela donnerait une dimension mystique à

mon numéro.

— Margaretha ! Je te savais originale, mais pas à ce point !

— Alors tu es d’accord ? Insista-t-elle.

— Hum oui hum… On peut essayer…

— Très bien ! Et désormais je ne suis plus Margaretha, ou la

comtesse Mac Leod… Dès à présent tu m’appelleras Mata Hari !

— Mateh…?

— MATA HARI ! Ça veut dire « oeil du jour » en javanais.

Dit-elle fièrement.

— En javanais ! Répéta-t-il.

Il resta debout devant elle quelques secondes, leva les

bras et les laissa retomber bruyamment sur ses cuisses.

— En javanais… Répéta-t-il en quittant la pièce.

Le lendemain elle commença ses recherches pour

l’orchestre. Il lui fallait des musiciens capables de maîtriser

le râbab.

Le temps que le spectacle soit monté il fallut une dizaine

de jours.

La première fit un carton, elle n’en revenait pas. La presse

avait suivi, la salle se remplissait de soir en soir.

On lui proposa même d’autres rôles dans plusieurs

compagnies, des spectacles dans des salons privés…

Mais la proposition qui changea réellement sa vie fut celle

d’Émile Guimet.

 

Maud Caeiro

série : OUBLIÉES